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    « Je suis peut-être un roturier, mais je tiens les vœux du mariage pour sacrés,  » lança-t-il, irrité. « Il est ahurissant qu’une fille de duc les traite avec tant de mépris. »

    « D-Du mépris ? »

    «  Si ce n’est pas du mépris, alors qu’est-ce que c’est  ? Tu m’as épousé, et pourtant tu as ignoré mon existence pendant tout ce temps. N’attends pas de moi que je le supporte davantage.  »

    Maxi le regardait, consternée. Comment pouvait-il l’accuser de cela ? C’était lui qui était parti sans lui dire un mot le lendemain de leur nuit de noces !

    « Je… Je ne vous ai jamais ignoré ! C’est vous qui… Qui…  »

    «  Assez  ! En tant que dame Calypse, tu aurais dû te rendre sur mes terres dès le lendemain de notre nuit de noces. Et pourtant, pendant trois ans, tu as préféré rester dans le luxe du château de ton père  !  » Il laissa échapper un rire amer. «  Mais après tout, comment pourrais-je attendre d’une fille de duc qu’elle renonce à son rang pour vivre comme une quasi-veuve, à attendre le retour de son époux ou de son cadavre  ?  »

    Sous le choc, Maxi ne parvint à formuler aucune réponse. Ses accusations lui semblaient totalement incompréhensibles.

    « C-Comment aurais-je p-pu aller sur vos terres ? J-J’ignorais où elles se trouvaient. V-Vous ne m’avez rien dit…  ! »

    «  Assez de mensonges  ! Avant de partir en campagne, j’ai tout préparé pour que tu puisses venir vivre chez moi. Si j’étais mort, tu aurais hérité de mes terres  ! Cela peut sembler dérisoire aux yeux d’une fille de duc, mais pour moi, ce domaine est précieux. C’était ton devoir d’y être, et tu l’as négligé.  »

    Ses yeux lançaient des éclairs. Il ne semblait pas mentir. Et il n’avait aucune raison d’inventer une telle histoire.

    Maxi déglutit avec difficulté, la gorge nouée par la nervosité.

    «  J-Je… Je ne savais pas… V-Vous n’aviez r-rien dit…  »

    «  Mes hommes m’ont rapporté que tu avais refusé de partir,   » répondit-il, la voix amère. «  Alors épargne-moi tes excuses. Cela fait trois ans que je sais exactement ce que tu penses de moi et… Pourquoi trembles-tu, bon sang  ? Crains-tu que je te frappe  ?  »

    «  Je… Je suis d-désolée. V-Vraiment, je n’étais au courant de rien. Je me suis réveillée ce matin-là et vous étiez p-parti… P-Personne ne m’a jamais rien dit.  »

    Il plissa les yeux, comme pour jauger la véracité de ses paroles. Telle une prisonnière attendant son jugement, elle se raidit, prête à entendre la sentence. Lorsqu’il reprit la parole quelques instants plus tard, son ton s’était adouci.

    «  Même si cela était vrai, tu aurais dû partir pour mes terres. Le devoir d’une épouse est de veiller sur la maison de son mari. Si cela ne t’a même pas effleuré l’esprit, je ne peux qu’en conclure que ce mariage n’a aucune valeur à tes yeux.  »

    Elle ne trouva rien à répondre. Leur mariage n’était pas aussi vide de sens pour elle que Riftan le croyait. Pourtant, elle n’avait jamais accepté cette union de tout son cœur. Elle les avait simplement considérés, lui et elle, comme deux victimes de son père et leur mariage, comme un sacrifice inévitable. Mais… Riftan avait-il toujours été sincère à propos de leur union  ?

    «  Qu’aurais-tu fait si tu avais été enceinte  ?  »

    «  E-Enceinte  ?  » Maxi releva brusquement la tête, déstabilisée par cette question inattendue.

    Les lèvres de Riftan se tordirent en un rictus amer.

    «  C’était une possibilité. J’ai accompli mes devoirs cette nuit-là, n’est-ce pas  ?  »

    Le ton sarcastique de Riftan la fit pâlir. Pour Maxi, cette nuit de noces demeurait un souvenir terrifiant et profondément humiliant. Elle savait désormais qu’un mariage devait être consommé, mais cela n’y changeait rien. Elle se mettait encore à trembler chaque fois que ce souvenir remontait à la surface.

    Riftan, lui, parlait de cette nuit comme s’il ne s’agissait que d’un détail insignifiant. Maxi frissonna de nouveau, envahie par l’angoisse.

    Le visage de Riftan se tordit en une grimace de colère et il abattit son poing contre la paroi du carrosse.

    «  Ne fais pas cette tête  ! Comme si l’idée de porter mon enfant te répugnait  ! Je—  »

    Quelque chose interrompit sa phrase, attirant son attention vers la fenêtre. D’un geste instinctif, Riftan porta la main à la garde de son épée et bondit hors du carrosse. Ses grondements furieux se muèrent aussitôt en mouvement. Maxi poussa un cri de surprise lorsqu’un chevalier de leur escorte hurla un avertissement.

    «  Commandant  ! Des ogres  !  »

    «  Je sais  ! Dressez un bouclier autour du carrosse  !  » cria Riftan en donnant ses ordres, avant de se tourner vers Maxi.

    «  Quoi qu’il arrive, ne sors pas  !  »

    Il claqua la porte sans attendre de réponse. Un rugissement tonitruant fit trembler le sol et Maxi se couvrit les oreilles de ses mains.

    Boum. Boum.

    La terre tremblait, et le carrosse avec elle.

    Maxi se recroquevilla sur le plancher, détournant les yeux de la fenêtre. Elle avait entendu des rumeurs selon lesquelles des créatures monstrueuses avaient été aperçues près du duché, mais elle ne s’était jamais attendue à en croiser aussi tôt après avoir quitté le château de Croyso. Terrifiée, elle serrait les bras autour de ses jambes, incapable de chasser cette pensée obsédante : Et si l’une d’elles venait m’attaquer ?

    «  Arrêtez cet ogre immédiatement  !  » cria une voix au milieu du tumulte.

    Le carrosse se mit à trembler violemment. Les cris des chevaliers et les ordres hurlés se mêlaient aux hurlements glaçants d’une créature inhumaine, résonnant sinistrement dans les airs. Maxi enfouit son visage dans sa jupe.

    Bam. Bam.

    Quelque chose frappa le carrosse, et Maxi leva les yeux, craignant que le toit ne lui tombe dessus. Puis, elle sursauta — un œil gigantesque, verdâtre et injecté de sang, la fixait à travers la fenêtre.

    Maxi hurla en se redressant, se plaquant contre le côté opposé du carrosse. Le monde bascula, et son corps fut projeté en arrière lorsque la porte s’ouvrit brusquement. Elle tomba au sol dans un fracas étouffé.

    Blême de terreur, Maxi tenta de se relever, mais ses jambes refusèrent de bouger. Elle chercha désespérément de l’aide autour d’elle, mais tous étaient absorbés dans leur lutte contre les ogres à la peau cendrée. Elle devrait se débrouiller seule pour survivre.

    Rampant vers le carrosse, elle vit un ogre s’approcher lourdement, martelant la terre de ses pieds immenses. Maxi hurla de toutes ses forces. Une lumière éclatante jaillit, et l’ogre s’effondra, s’écrasant sur le dos.

    «  Madame  !  » Un chevalier élancé attrapa l’épaule de Maxi.

    «  Vous devez retourner à l’intérieur immédiatement  ! Il y a un bouclier magique autour du carrosse. C’est plus sûr là-bas  !  »

    Sortant de sa stupeur, elle se retourna brusquement. Le chevalier la fixait avec insistance.

    «  Des ogres des montagnes, madame. Le sort est contre nous aujourd’hui, mais avec le seigneur Riftan parmi nous, nous n’avons rien à craindre. Je vous en prie, retournez dans le carrosse  !  »

    «  J-Je… Je n-v-voulais pas… S-sortir. J’ai été… Projetée…   » balbutia Maxi, tentant de s’expliquer. L’ordre sévère de Riftan, lui interdisant de quitter le carrosse, résonnait encore dans sa tête. Elle n’avait pas voulu que cela se passe ainsi. Elle n’avait pas voulu gêner les chevaliers  !

    «  Le c-carrosse b-bougeait, et…   !  »

    «  Madame  ! Rentrez immédiatement  !  »

    Le chevalier élancé la coupa avec impatience. Maxi cessa de parler, figée par son irritation. Il avait raison. Ce n’était pas le moment de se justifier. Elle tenta de se ressaisir, et avait déjà commencé à remonter, chancelante, dans le carrosse quand un nouveau choc secoua le sol.

    Maxi se retourna. Derrière elle, le sang jaillissait comme une fontaine du torse fendu d’un ogre. Elle plaqua une main sur sa bouche. Son estomac, déjà noué par l’anxiété des derniers jours, se tordit douloureusement. Une brûlure acide lui remonta dans la gorge. Elle tenta de la refouler, en vain. Un filet de bile aqueuse éclaboussa le sol, lui arrachant un haut-le-cœur douloureux.

    «  Madame  !  » s’écria le chevalier, alarmé, en entourant ses épaules secouées de spasmes.

    Maxi haletait, les mains pressées contre son ventre, les larmes lui piquant les yeux. Quelque chose semblait lui déchirer les entrailles.

    «  Bon sang… Est-ce que vous allez bien, madame  ?  »

    Maxi chercha de l’air, haletante. Le chevalier lui tapota doucement le dos, tentant de la calmer. Mais la nausée persistait, implacable.

    «  Que s’est-il passé  ?  !  » La voix inquiète de Riftan fendit l’air.

    Maxi parvint à lever la tête. Il se tenait devant le cadavre de l’ogre, dont le corps avait été tranché net.

    Sans même s’en rendre compte, elle recula devant lui alors qu’il s’avançait. À chacun de ses pas, il laissait une empreinte rouge sombre sur la terre. La longue lame de son épée brillait d’un éclat bleuté, alors que le sang frais en dégoulinait lentement. Dans son armure d’argent, désormais éclaboussée de rouge, il avait l’allure d’un spectre effrayant.

    Maxi recula encore, trébucha, et s’appuya contre le carrosse pour ne pas tomber. Le visage de Riftan devint flou, se déformant comme une brume mouvante. Le monde se mit à tournoyer autour d’elle. Sa vision s’assombrit, les sons se firent lointains… Et elle sombra dans l’obscurité.


    ・.ʚ Voilà la fin du chapitre ɞ .・

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