MH • Chapitre 01 – Deux paires de chaussures sur le pas de la porte
by Ruyi ♡« C’est quoi ce bordel… » grommela une femme.
Allongée dans le coin d’une chambre d’hôpital à six lits du service d’oncologie, elle fixait son téléphone. Pour la cinquième fois déjà, son appel avait été redirigé directement vers la messagerie. Ses yeux creusés restèrent un instant rivés sur l’écran fissuré, parcouru de multiples éclats et fêlures, avant de remonter vers la petite date affichée dans le coin supérieur droit : 10 avril.
(N/T : Le service d’oncologie désigne l’unité spécialisée dans le traitement des cancers (chimiothérapie, radiothérapie, suivi des patients).)
Au pire, il lui restait trois mois à vivre ; six, au mieux. Douze, avait précisé le médecin, si un miracle se produisait.
Ces pronostics — tous plus courts que ce qu’elle avait espéré — étaient une estimation de ce qu’il lui restait à vivre. Et elle les détestait. Ils étaient trop commodes, trop bien rangés, comme si le médecin était parti de trois et avait simplement multiplié par la suite. Sans doute espérait-il lui offrir un semblant de réconfort en lui octroyant un peu plus de temps, mais elle n’était plus dupe.
Elle savait qu’elle était malade. Elle savait qu’elle allait mourir. Les causes de son mal étaient nombreuses : une alimentation désastreuse, le manque d’exercice, un mode de vie déréglé, un stress écrasant, sans compter le soju qu’elle buvait seule chaque soir pour s’anesthésier. Mais le vrai coupable — celui qui était à la racine de tout son malheur — n’était nul autre que son mari. Le même mari qui, à cet instant précis, ne prenait même pas la peine de répondre à ses appels.
Ce n’était pas comme si elle l’appelait pour qu’il prenne soin d’elle, ni pour lui faire ses derniers adieux. Elle n’avait jamais nourri ce genre d’attentes. Tout ce qu’elle voulait, c’était qu’il règle ses frais médicaux avec l’argent qui lui appartenait et qu’il détenait encore. Et c’était sans doute pour cette raison que son mari ignorait ses messages depuis plusieurs jours.
Sous prétexte de vouloir sortir pour une simple promenade, elle enfila un vieux cardigan couvert de peluches et quitta l’hôpital. Pendant qu’elle luttait seule contre la maladie — ou plutôt pendant que les cellules cancéreuses la dévoraient impitoyablement de l’intérieur —, les cerisiers avaient fleuri sans se soucier d’elle. À présent, leurs pétales tourbillonnaient dans l’air avant de venir se poser délicatement sur sa tête.
C’était déjà le printemps.
« Taxi ! »
Par chance, elle réussit à en héler un dès qu’elle atteignit la grande avenue.
On dirait que je viens de griller le peu de chance qu’il me restait.
Chassant cette pensée amère, elle monta dans le taxi et indiqua sa destination au chauffeur.
« Oh là là… Vous avez l’air vraiment très malade, mademoiselle », remarqua le chauffeur en lui lançant un coup d’œil dans le rétroviseur.
Elle se rendit alors compte que son bonnet et ses lunettes épaisses n’étaient sans doute pas le meilleur camouflage pour dissimuler son crâne rasé. En plus de ça, un pan de sa blouse d’hôpital dépassait de son cardigan usé. Elle croisa son regard dans le rétroviseur et haussa simplement les épaules.
« … On peut dire ça. »
À vrai dire, il aurait été bien plus étrange d’avoir une telle allure sans être malade.
« Ah, allez, vous en faites pas. Ça ira mieux bientôt. Encore une dizaine de jours, et je suis sûr que vous sauterez du lit comme si de rien n’était. Et puis bon… C’est le printemps maintenant, pas vrai ? »
Son accent était si marqué qu’il en devenait difficile à comprendre pour quelqu’un qui était né et avait été élevé à Séoul. Pourtant, pour elle, il avait quelque chose qu’il lui était très familier. L’entendre parler ainsi fit brusquement remonter à la surface un profond sentiment de nostalgie.
L’envie de rentrer chez elle. À Busan. Là où elle avait grandi avec son père.
Il avait été de ces pères capables de tout pour leur enfant. Tant qu’il était là, elle n’avait jamais eu l’impression qu’il lui manquait quoi que ce soit au monde.
Si je n’avais pas quitté Busan… est-ce que j’aurais été heureuse ?
Elle se laissa porter par ses souvenirs. Il était doux de s’y perdre et, même si cela lui fit du bien, elle savait pertinemment que le passé appartenait au passé.
À dix-neuf ans, la jeune fille pleine de rêves qu’elle était avait été admise dans l’une des universités les plus prestigieuses de Séoul. Il lui semblait évident qu’elle vivrait en résidence universitaire ou qu’elle prendrait un petit appartement à proximité. Pourtant, la personne dont elle attendait le plus de joie avait réagi avec une opposition farouche.
Son père disait qu’il n’avait pas élevé seul son unique fille pour la voir partir vivre à Séoul, cet endroit où, selon lui, les gens étaient froids et cruels.
« Hors de question ! Tu veux aller où ? Pourquoi tu n’irais pas tout simplement à l’université de Busan, hein ? »
« Papa, c’est toi qui vas vivre ma vie à ma place ? Si tu aimes tant l’université de Busan, pourquoi tu ne t’y inscris pas toi-même ?! »
« Regarde un peu comment tu me parles ! C’est comme ça que je t’ai élevée ? »
« Peu importe ! J’irai à Séoul, avec ou sans ta permission ! »
L’adolescente immature claqua violemment la porte de sa chambre. Pour la première fois, elle en voulut à son père de n’avoir jamais quitté Busan de toute sa vie. Elle passa la nuit entière à sangloter sous ses draps. Le lendemain matin, pourtant, son père entra prudemment dans sa chambre et s’assit sur le bord du lit.
« J’ai mis la maison en vente. On déménage à Séoul. »
Son père était ingénieur de chantier. Un pur enfant de Busan, le genre d’homme qui n’avait jamais imaginé vivre ailleurs. À dix-neuf ans, elle était incapable de mesurer l’ampleur d’une telle décision : vendre la maison héritée de sa propre mère pour partir à l’aveuglette s’installer à Séoul. Elle, tout ce qu’elle voyait, c’était l’université de ses rêves qui s’ouvrait enfin à elle. Elle sauta de joie et frotta sa joue contre celle de son père, encore mal rasée.
« Tu es heureuse à ce point ? »
Dans ses souvenirs, son père riait de bon cœur. En se rappelant son odeur et la barbe qui lui piquait la peau, elle effleura ses lèvres sèches. Elle devait avoir l’air pitoyable, car le chauffeur de taxi lui adressa de nouveau la parole par le rétroviseur.
« Allez, courage ! Il y a cette phrase qu’on entend beaucoup ces temps-ci, non ? Euh… ’Aujourd’hui est un cadeau. C’est l’avenir dont quelqu’un a rêvé avant de mourir’ … C’est bien ça, non ? Ah, ma vieille mémoire commence à me lâcher, vous savez. »
Était-ce à cause de ce dialecte propre à Busan ? Ce manque qu’elle croyait avoir enfoui au plus profond d’elle-même menaçait soudain de la submerger.
Je vais bientôt le revoir.
Un sourire amer étira les lèvres de la femme.
« Même si je meurs aujourd’hui, je ne pense pas que je raterai grand-chose. Ce n’est pas parce que demain arrive que de bonnes choses se produiront. »
« Et pourquoi donc ? On peut toujours faire en sorte qu’elles arrivent ! »
À peine eut-il terminé sa phrase qu’il accéléra brusquement, se mettant à se faufiler entre les voitures. Le taxi semblait enchaîner les acrobaties. Puis il quitta l’avenue principale pour s’engager dans une rue que la jeune femme ne reconnut pas. Déstabilisée par cette conduite erratique — et persuadée qu’il avait pris un mauvais tournant — elle s’agrippa à la poignée au-dessus de la vitre.
« Monsieur, ce n’est pas le bon chemin. »
« Faites-moi confiance. Je vais vous mener à bon port en un rien de temps. »
Le taxi accéléra de plus belle, enchaînant virages et détours dans des ruelles étroites et des axes secondaires qui lui étaient totalement inconnus. Malgré l’angoisse qui montait en elle, ils arrivèrent bientôt devant la maison de la jeune femme.
« Vous voyez ? Les chemins que vous connaissez ne sont pas les seuls qui existent. On peut arriver ici autrement, si on se creuse un peu les méninges. On ne peut pas toujours regarder droit devant soi, vous savez. »
Encore un peu sous le choc, elle fouilla dans son portefeuille et en sortit un billet de dix mille wons*. Le chauffeur agita la main et repoussa l’argent vers elle.
(N/T : 10 000 wons correspondent à environ 6 euro (≈ 5,84 Euro).)
« De toute façon, je prends la même route pour rentrer chez moi. Gardez ça pour vous acheter une petite douceur, ma petite. Considérez que c’est de l’argent de poche de la part de votre père, d’accord ? »
Elle n’avait plus l’âge d’être appelée « ma petite », et elle n’avait aucune intention d’accepter de l’argent d’un parfait inconnu. Elle attrapa la main du chauffeur et y força le billet.
« Quand bien même… j’ai fait le trajet. Je dois payer. »
« Dans ce cas, faisons comme ça, ma petite. »
Le chauffeur plia lentement le billet en deux.
« Tout finira par s’arranger. Vous pouvez en être sûre. »
« Vous allez vous remettre sur pied en un rien de temps et gagner beaucoup d’argent, vous verrez. Vous rencontrerez même un homme fou amoureux de vous, et vous l’épouserez. C’est ma dernière course de la journée, alors je ne prendrai pas cet argent. Puisque vous êtes ma dernière cliente, promettez-moi simplement de vivre une belle vie. Ce sera mon paiement, et ce sera amplement suffisant. À vrai dire… donnez-moi votre main. »
Rien de tout cela n’arriverait. Le médecin avait clair, plus tôt dans la journée. Et comme si ce n’était pas déjà un coup de massue, elle envisageait sérieusement de disparaître, faute même de pouvoir régler ses frais d’hospitalisation. Malgré tout…
« … D’accord. Je vous le promets. »
Elle répondit presque machinalement et reprit le billet. Si seulement tout cela pouvait être vrai… Le chauffeur lui pressa doucement la main, comme pour l’encourager, puis la relâcha.
« Il y a une voiture derrière vous. Faites attention en descendant. »
Le véhicule stationné derrière eux klaxonna. La jeune femme sortit précipitamment, et le taxi démarra aussitôt. Elle ne sut jamais si la main agitée à la fenêtre était un signe d’adieu à son intention ou des excuses adressées à l’autre conducteur. Lorsque le taxi disparut enfin au bout de la rue, elle déplia le billet.
Dans un coin du billet de dix mille wons, froissé et usé, un petit cœur bleu avait été dessiné.
Un rire lui échappa. Au lieu de le ranger dans son portefeuille, elle le glissa dans sa poche.
« Merci… »
… de m’avoir laissé un beau souvenir, dans cette vie de merde.
À trente-sept ans, la vie de Jiwon Kang n’avait rien d’ordinaire.
À l’âge de six ans, elle fut abandonnée par sa mère après que celle-ci eut volé tous les biens de la famille, à l’exception du titre de propriété de la maison. Son père dut alors travailler sans relâche pour subvenir à leurs besoins. C’est donc sa grand-mère qui l’a élevée, elle qui lui avait tenu la main fermement jusqu’à ce qu’elle ne rende son dernier souffle. À l’école, son manque de spontanéité et son allure démodée lui valaient les railleries et le harcèlement de ses camarades, qui eux ont eu la chance de grandir avec leurs deux parents. Pourtant, grâce à l’amour que son père lui prodiguait malgré un emploi du temps écrasant, et à la présence constante de sa défunte grand-mère, Jiwon devint une femme droite et respectable. En dehors de sa famille, il y avait aussi son unique amie : Sumin Jeong.
Son père s’éteignit sans avoir pu la voir porter sa toge de diplômée. En ravalant sa peine, Jiwon se força à achever ses études et assista à sa remise de diplôme — sans personne pour l’applaudir. Mais tout n’était pas sombre. Elle décrocha un bon poste dans une entreprise réputée. Et c’est là qu’elle rencontra Minhwan Park.
« Je m’appelle Minhwan Park. Comme vous pouvez le voir, je suis chef de section*. »
(N/T : Pour faire simple, un chef de section est un responsable chargé de gérer et développer les ventes d’une entreprise sur une zone donnée, en coordonnant les magasins, les actions commerciales et parfois une équipe.)
Il désigna le badge accroché à sa poitrine en lui adressant un sourire avenant.
« Vous devez sûrement être nerveuse pour votre premier jour ? Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à venir me voir. Oh, au fait… Vous pourriez me donner votre numéro ? »
C’était la première fois qu’un homme lui demandait son numéro depuis qu’un délégué, à l’université, était venu collecter ceux de toute leur promotion. Jiwon calma son cœur, qui s’emballait pour si peu, et entra son numéro dans le téléphone que Minhwan lui tendait.
Il est impossible qu’il s’intéresse à quelqu’un comme moi. Encore moins un homme aussi beau que lui. Il me demande mon numéro parce qu’il est mon supérieur, c’est tout.
Elle se mentait à elle-même, comme toujours. Pourtant, dès le lendemain, les messages commencèrent à fissurer le mur soigneusement bâti de son déni.
Bonjour. Bien dormi ?
On annonce de la pluie aujourd’hui, n’oubliez donc pas votre parapluie.
Le matin, il la saluait.
Bien rentrée ?
Vous devez être fatiguée. Vous devriez vous laver et vous reposer !
Faites de beaux rêves.
Le soir, ses messages débordaient d’une attention douce et constante. Peu à peu, Jiwon se mit à les attendre. Elle passait de longues minutes devant son écran, à rédiger des réponses qu’elle effaçait aussitôt.
Bonne nuit, Monsieur Park.
Elle relut l’écran, puis soupira.
Trop formel.
Faites de beaux rêves, Monsieur Park.
Trop niais.
Je vous ai vue faire des heures supplémentaires… Vous n’êtes pas trop fatigué ?
On dirait que je l’épie sans arrêt…
Finalement, Jiwon ne parvint à répondre à aucun de ses messages — du moins, pas avant de se retrouver assise à côté de Minhwan lors du premier dîner d’entreprise après la fin de la période de rush.
(N/T : Dans une entreprise, une période de rush désigne un moment où la charge de travail augmente brutalement (deadlines, pics de commandes, projets urgents), obligeant les employés à travailler plus vite et à prioriser pour suivre le rythme.)
« Buvez-en seulement la moitié, puis posez votre verre devant moi. »
Discrètement, Minhwan lui avait glissé des plats et avait vidé ses verres à sa place. Bientôt, le visage de Jiwon devint aussi rouge que le sien — et ce n’était pas à cause de l’alcool. Le dîner lui parut interminable et, lorsqu’il prit enfin fin, elle n’aspirait qu’à disparaître, tiraillée entre sa timidité et son amour naissant
« Vous êtes ivre ? »
La question de Minhwan fendit le brouhaha ambiant et fit bondir son cœur.
« Je vais bien. Merci de prendre soin de moi. »
Ce n’est pas ce que je voulais dire.
Jiwon, qui avait passé toute sa vie à ériger des murs autour d’elle, se désespéra de la sécheresse de sa réponse.
« Si vous m’en êtes vraiment reconnaissante, faites-moi une faveur », murmura Minhwan avec un léger rire.
« Dites-moi. »
« Pourriez-vous répondre à mes messages ? Même un simple « oui » me suffirait. »
À partir de ce jour-là, Jiwon et Minhwan commencèrent à se fréquenter. Elle avait toujours eu du mal à créer des liens avec les autres ; alors cet homme beau et attentionné lui semblait venir d’un monde totalement différent du sien. La façon dont il abandonnait tout pour accourir auprès de sa mère dès qu’elle avait besoin de lui était quelque chose que Jiwon admirait — et enviait profondément.
Puis, lorsque Minhwan la demanda en mariage, elle eut l’impression de rêver.
« Marions-nous, Jiwon. Tu es la seule personne avec qui je veux passer le reste de ma vie. »
Et ils finirent par se marier.
Jiwon était sur un petit nuage. Elle était si heureuse qu’elle parvenait même à supporter les intrusions incessantes de sa belle-mère, qui débarquait chaque matin dès leur retour de lune de miel. Celle-ci la harcelait sans relâche : il fallait préparer le petit-déjeuner de Minhwan, nettoyer la maison, et elle était même allée jusqu’à jeter leur purificateur d’eau pour exiger qu’on fasse bouillir du thé d’orge à la place.
« Je ne t’ai pas acceptée comme belle-fille par affection. Je l’ai fait uniquement parce que tu avais l’air capable de bien t’occuper de mon fils. Et voilà que tu lui sers comme petit-déjeuner du riz de la veille ? Tu as perdu la tête ? »
« Ton corps n’a rien, j’espère ? Pourquoi tu n’as toujours pas d’enfant ? »
« C’est quoi ce désordre ? Tu te crois au-dessus de tout parce que tu gagnes un peu d’argent ? Tu es incapable de faire le ménage en rentrant du travail ? »
Jiwon faisait la sourde oreille. Les jours où elle menaçait d’exploser de colère et de frustration, elle se réfugiait dans un karaoké et chantait jusqu’à s’en casser la voix.
Mais un jour, elle tomba nez à nez avec sa belle-mère devant l’établissement.
« Je le savais. Tu ne t’occupes pas de ton mari parce que tu vas te vendre, c’est ça ? Voilà pourquoi je n’aurais jamais dû accepter une orpheline ! Qui sait dans quelles circonstances tes parents sont morts ? »
Pour la première fois, Jiwon perdit son sang-froid et lui répondit. Elle cria en pleine rue, lui demandant comment elle pouvait oser dire une chose pareille. Après cet incident, Minhwan changea du tout au tout. Non — il devint quelqu’un d’autre.
« Je ne t’aurais jamais épousée si j’avais su quel genre de femme tu étais ! » hurla Minhwan après que sa mère soit venue pleurer devant tout le voisinage.
« Je t’ai épousée parce que je te croyais gentille et économe. Qui aurait imaginé que tu traitais ma mère de cette façon derrière mon dos ? ! »
La situation empira. À partir de ce jour-là, Minhwan ne fit plus que lui crier dessus, tandis que les brimades de sa belle-mère devenaient chaque jour plus cruelles.
Pour ne rien arranger, Minhwan devint accro à la bourse. En plus de vider leurs fonds de retraite, il contracta des emprunts pour spéculer*. En l’espace de quelques jours à peine, il perdit absolument tout.
(N/T : « Spéculer en bourse » signifie investir sur les marchés financiers dans le but de réaliser un gain rapide en misant sur les variations des cours, avec une part de risque élevée.)
Tout cela s’était produit au cours des six premiers mois de leur mariage. Jiwon entra alors dans une existence faite d’attentes fragiles, où chaque jour on se persuade que le lendemain sera meilleur.
Demain ira mieux. Le mois prochain… Non l’année prochaine, tout s’arrangera.
Mais cet espoir vain finit par se transformer en désespoir. Un désespoir qui la poussa à s’abandonner elle-même et qui finit par nourrir la tumeur qui grandissait en elle. Lorsqu’elle reprit enfin ses esprits, il était déjà trop tard. Tout ce qu’il lui restait, c’était une tumeur incurable et la caution d’un vieil appartement qu’elle avait trouvé de justesse, après avoir remboursé les dettes et épuisé jusqu’à ses dernières économies.
C’était précisément cet immeuble que Jiwon fixait d’un regard vide après être descendue du taxi. Elle prit l’ascenseur à l’odeur de moisi jusqu’à son étage, puis avança lentement vers la toute dernière porte du couloir.
Sa vie n’avait pas toujours été aussi triste. Autrefois, elle et Minhwan vivaient dans un appartement neuf et bien tenu, fruit de leur travail acharné… et des gains que Minhwan tirait parfois de la bourse.
Elle avait été heureuse, à cette époque-là. Ce sont ces souvenirs qui l’avaient portée durant ces dix dernières années. Elle se répétait sans cesse que le Minhwan d’autrefois finirait par revenir, qu’il n’était pas fondamentalement mauvais. Elle lui trouvait toujours des excuses, se disant qu’il avait simplement perdu le contrôle parce que les choses n’allaient pas bien et qu’au fond, il devait se sentir frustré… et coupable.
La porte en fer rouillée de leur appartement n’avait même pas de serrure électronique. Jiwon tourna la poignée avant d’insérer la clé et entendit un déclic familier. Minhwan n’avait encore une fois pas fermé correctement. Elle poussa la porte et entra sans un bruit.
À cet instant, le regard éteint de Jiwon se glaça.
À côté d’une paire de chaussures d’homme marron — jetées négligemment, comme toujours — se trouvait une paire de talons aiguilles rouges. Ces deux paires étaient des cadeaux qu’elle avait offerts à des personnes chères à son cœur. Les chaussures marron étaient destinées à l’homme qui représentait la moitié de son monde : Minhwan Park.
Et les talons rouges…
« Oh mon Dieu, c’est quoi ça ? Comment veux-tu que je porte ça, Jiwon ?! »
« Tu disais que tu n’aimais pas être petite, non ? Allez, essaie-les. Tu es jolie, tout te va toujours bien. »
Elle les avait offerts à son autre moitié.
Sa seule et unique amie au monde…
Sumin.
Ce chapitre vous est présenté par la Dragonfly Serenade : Traductrice • Ruyi ⋄ Correctrice • Ruyi
・.ʚ Voilà la fin du chapitre ɞ .・

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