Vous n'avez pas d'alertes.
    Header Background Image
    Reporter
    FLASH INFO — CANBERRAL
    DIRECT

    ALERTE HLP
      •   État de siège à Canberral   •   Rupture des chaînes d'approvisionnement   •   Propagation de la "drogue zombie"   •  

    La télé tournait en fond, comme d’habitude. Les infos recrachaient les mêmes trucs d’il y a quelques jours. Gangwon jeta un œil distrait à l’écran et y vit des silhouettes à l’allure négligée qui se jetaient sur les gens pour les mordre. On aurait dit des monstres tout droit sortis d’un film d’horreur.

    Pathétiques, songea Gangwon en claquant la langue, avant d’enfiler sa seconde basket.

    « Gangwon, tu sors ? Tu pars encore voir Yoonjae ? »

    « Non. J’ai un rencard. »

    « Toi ? Un rencard ? Attends… Ne me dis pas que tu as une copine ? »

    « Oh — combien de temps ça va durer, cette fois ? Hyung va encore se faire larguer à cause de Woo Yoonjae. »

    « Toi, ferme-la avec tes conneries. Et depuis quand tu l’appelles par son nom ? C’est ton ami, peut-être ? Surveille ton langage. »

    « Quoi ? Gangwon a vraiment une petite amie ? »

    « Je rentrerai tard ce soir ! »

    Gangwon quitta la maison en hâte, sous les regards perplexes de sa mère et de son frère.

    On était samedi, le jour de son premier rencard.

    S’il n’était pas franchement emballé, il aimait sa compagnie. Le courant passait bien, sans qu’il n’y ait jamais de silences pesants entre eux. C’était une fille vraiment sympa, au point où il se disait même que, cette fois, sa relation pourrait durer.

    Sur le chemin du métro, alors qu’il échangeait des textos avec sa petite amie, son pouce resta suspendu au-dessus du clavier. Comme pris d’une impulsion, ses doigts glissèrent sur l’écran, à la recherche d’une autre conversation.

    « …  »

    Il fut surpris de ne pas retrouver le nom qui lui était pourtant si familier. Puis il se souvint. Il l’avait lui-même supprimé, quelques jours plus tôt.

    Un vide étrange s’empara de lui, un sentiment qu’il ne parvenait pas à définir.

    Il hésita un instant, puis composa le numéro. Onze chiffres qu’il connaissait par cœur et qu’il aurait pu taper les yeux fermés. Dès qu’il ouvrit l’historique, l’écran fut submergé de centaines de messages qu’ils avaient échangés entre eux. Leur échange, qui se faisait presque quotidiennement, s’était interrompu net un soir cinq jours plus tôt.

    Depuis lors, c’était une guerre froide ou chacun attendait que l’autre craque. Mais aucun des deux ne voulait céder.

    Voilà pourquoi il ne s’attarda pas trop.

    De toute façon, il suffira de l’apaiser dans quelques jours, se rassura-t-il.

    Même si cela le pesait un peu, ce n’était que de la pitié passagère. Gangwon chassa ce sentiment poisseux qui lui collait à la peau comme une traînée de suie et pressa le pas. Sa petite amie l’attendait.


    « On s’est vraiment amusés, aujourd’hui. »

    Elle avait l’air adorable avec ce serre-tête aux oreilles de chat qu’elle avait déniché dans une échoppe du parc d’attractions.

    « Il se fait tard. Tu devrais rentrer. »

    « Déjà ? » murmura-t-elle d’un ton boudeur.

    «  C’est un peu dommage de se quitter ainsi…  »

    « On se reverra de toute façon. »

    Amusé par sa voix légèrement enjôleuse*, Gangwon esquissa un sourire tout en consultant l’heure.

    « Allez, file. »

    À son ton sec, Hyein ravala sa déception et hocha doucement la tête.

    « Je ne te presserai pas. Merci d’avoir accepté mes sentiments. Essayons de construire une belle relation ensemble. »

    « Ouais. Allez, salut. »

    C’était une fille bien. Si rien ne se mettait entre eux, il se pourrait même qu’ils poursuivent leur relation une fois à l’université.

    D’un air distrait, Gangwon caressa doucement la tête de sa copine, dont le visage s’illumina d’un sourire radieux. Sans un mot de plus, il tourna les talons et s’en ailla. La station de métro n’était pas très loin. Il était dix heures* pile. Sous la morsure d’un vent glacial, ses pas se firent plus pressants.

    Il serait sûrement près de onze heures quand je rentrerais chez moi. À cette heure, il serait sûrement encore réveillé.

    C’était injuste pour Hyein, mais il n’était pas parvenu à se concentrer lors de leur premier rencard. La raison ? Des appels incessants qui n’avaient cessé d’interrompre leur conversation. S’il avait pu ignorer les premiers appels, c’est parce que son téléphone était en mode silencieux. Mais après plus de dix appels, il lui était impossible de faire comme s’il n’avait rien remarqué.

    Celui qui l’appelait était, sans surprise, Woo Yoonjae.

    Le numéro à onze chiffres qui s’affichait sur l’écran. Accompagné de ces quatre chiffres que ce crétin s’obstinait à appeler leur « numéro de couple ».

    Il ne sait jamais quand s’arrêter.

    Ce qui suivit fut un véritable bras de fer. Gangwon rejetait chaque appel, et l’autre, avec une obstination presque effrayante, rappelait aussitôt, sans s’arrêter. Au bout du compte, le compteur affichait plus de vingt appels manqués — y compris ceux qu’il avait déclinés de toute la soirée.

    Agacé, Gangwon avait tenu bon. Ce n’est qu’au bout d’une heure que son téléphone avait cessé de vibrer. L’autre avait sans doute rendu les armes. Bien qu’il fût en colère contre l’obsession maladive que Woo Yoonjae avait envers lui… Il ne pouvait s’empêcher de se sentir coupable.

    Ai-je été trop dur ? J’aurais dû répondre au moins une fois…

    Les souvenirs de Woo Yoonjae, de la veille au soir, lui revinrent en mémoire. Ce soir-là, il avait pleuré à chaudes larmes et l’avait fixé tel un enfant en détresse. C’était le petit garçon d’autrefois, celui qui se cachait pour pleurer dès que le monde devenait trop dur et qu’il cherchait à fuir ce qui le blessait ou l’attristait.

    Il avait pleuré ainsi, sans même qu’il ait tendu la main pour essuyer ses larmes ne serait-ce qu’une seule fois. Même s’il avait cru, au début, qu’il faisait ce qu’il fallait, ces souvenirs ne cessaient de le hanter. Il s’en voulait vraiment et la culpabilité le rongeait, malgré la certitude qu’un lien aussi profond que le leur ne se briserait pas pour si peu.

    On aura juste à discuter calmement. Je saurai lui faire entendre raison.

    Ses pas se firent plus pressants sur le carrelage de la station au moment où il franchit les portiques avant qu’il ne dévale les escaliers avec hâte.

    Le chemin du retour était d’un calme inhabituel. Pas un seul passant à l’horizon, on aurait dit que le monde entier s’était muré dans le silence. La ruelle qu’il avait remontée d’une traite depuis la station était recouverte d’une épaisse couche de neige d’un blanc immaculé. Il n’y avait aucune trace de pas, hormis les siennes.

    Le craquement de la neige sous ses pas, le sifflement du vent, sa respiration, les battements de son cœur — chaque son lui parvenait avec une clarté presque irréelle. C’était assez déroutant. Malgré la sérénité du décor, une inquiétude sourde et une impatience inexplicable s’emparaient de lui.

    Tout au long du trajet, il avait tenté de joindre Woo Yoonjae. Sans succès. Pas une seule fois, celui-ci n’avait répondu.

    De la part de n’importe qui d’autre, cela aurait été banal. Mais pas lui. Pas Woo Yoonjae.

    Il s’en souvenait très bien. Ce n’était pas la première fois qu’il lui faisait ce coup-là. Son coeur se serra alors qu’il se remémorait la fois où il l’avait laissé dans le silence. C’était évident : il cherchait à le faire languir, à le rendre fou d’inquiétude. Le schéma était le même que la dernière fois.

    — Le numéro que vous tentez de joindre n’est pas attribué. Veuillez laisser un message après le bip sonore…

    Il était vraiment vexé.

    Il ralentit ses pas alors qu’il consulta l’heure une nouvelle fois… C’est alors qu’il l’aperçut : une silhouette à la limite de son champ de vision.

    « … Haah. »

    Le stress et l’impatience qui l’avaient habité quelques minutes plus tôt lui parurent soudain ridicules. Un soupir mêlé d’agacement s’échappa de lui lorsqu’il reconnut la personne qui se tenait sous un lampadaire.

    « Woo Yoonjae. »

    Baignée par la lumière orangée du lampadaire, la silhouette de Woo Yoonjae avait quelque chose d’étrange, presque absurde.

    « Qu’est-ce que tu fais là ? »

    Il était drapé d’un manteau et d’une doudoune qu’il mettait tout le temps, avec l’écharpe à carreaux bleus qu’il lui avait offerte des années plus tôt, le bonnet d’aviateur marron qu’il lui avait acheté sur un coup de tête un soir où ils étaient allés boire un verre, les gants qu’il lui avait offerts pour fêter la fin de leurs examens, jusqu’aux baskets qu’il lui avait achetées de force le jour de son admission… Woo Yoonjae avait tout simplement enfilé tout ce qu’il lui avait offert. Dans l’une de ses poches, il avait maladroitement fourré un bonnet en laine et des gants et ceux-ci menaçaient de tomber à tout instant.

    Cet attachement obstiné* qu’il lui vouait lui collait à la peau comme une tache de graisse.

    Un rire cynique s’échappa des lèvres de Gangwon tandis qu’il scrutait l’accoutrement de Woo Yoonjae alors qu’il s’avançait lentement vers lui. Lorsqu’il s’arrêta enfin, il restait entre eux une dizaine de pas.

    « C’est quoi cette dégaine ? Pourquoi tu portes à la fois un manteau et une doudoune ? NN’importe qui te prendrait pour un fou. »

    Son ton, sec et tranchant, ne contenait pas la moindre trace de douceur. Il y avait même, dissimulée dessous, une réelle intention de le blesser. Pourtant, malgré cette attaque frontale, l’autre ne répondit pas.

    « Tu comptes rester planté là sans dire un mot encore longtemps ? »

    « …  »

    « Sérieusement, tu me rends dingue. »

    L’idée de se réconcilier, qu’il avait nourrie jusqu’à maintenant, s’était volatilisée sans laisser la moindre trace. Cette façon anormalement excessive qu’il avait de superposer ses vêtements lui donnait l’impression d’une protestation silencieuse dirigée envers sa personne, qui sûrement dans le but de le faire culpabiliser, ne faisait qu’attiser son agacement.

    « Qu’est-ce que tu fiches ? C’est flippant que tu sois sorti habillé avec absolument tout ce que je t’ai offert. Regarde-toi. On dirait un malade. Tu crois que je t’ai acheté tout ça pour que tu fasses ce genre de conneries ? »

    « …  »

    « Arrête ça. Maintenant. »

    Son cri résonna dans toute la rue.

    Celle-ci était déserte. Il n’y avait pas une âme à l’horizon.

    Pendant un bref instant, Gangwon eut l’étrange impression que l’univers s’était réduit à cette rue et qu’ils n’étaient plus que deux au monde. Ne pouvant plus contenir sa colère, il passa violemment la main dans ses cheveux. L’autre se contentait de le fixer stupidement, sans rien comprendre à ce qu’il ressentait. Sa frustration et son amertume se muèrent en une rage noire.

    « T’as perdu la tête ou quoi ? Et c’était quoi, ces appels ? Si je réponds pas après un ou deux appels, tu devrais comprendre le message. Mais non, comme tu ne sais jamais quand t’arrêter tu m’appelles des dizaines de fois comme un taré. Je t’ai clairement dit que je voyais ma copine aujourd’hui ! »

    « …  »

    « J’ai fait exprès de ne pas répondre. Exprès. Parce que mon téléphone n’arrêtait pas de sonner, c’était insupportable. »

    « …  »

    « Tu veux que je continue ? Tu vas vraiment faire comme si tu ne savais pas pourquoi j’ai supprimé ton numéro ? Tu fais tout ça parce que tu comprends rien ? Putain, tu veux vraiment que je te bloque ? »

    « …  »

    « Dis quelque chose, bordel ! »

    Le fait qu’il soit le seul à déverser sa colère en devenait presque grotesque. D’ordinaire, Woo Yoonjae aurait fondu en larmes, ou se serait emporté lui aussi. Mais aujourd’hui, il était anormalement silencieux, c’était à en devenir fou. Sa rage, loin de s’apaiser, continuait à le consumer. Alors qu’il s’apprêtait à l’incendier de nouveau, Gangwon se stoppa net lorsqu’il remarqua quelque chose d’étrange.

    Le teint de Woo Yoonjae était d’une pâleur excessive, presque maladive. Tout au long de sa tirade, ce dernier s’était contenté de le fixer sans ciller, le visage dépourvu d’émotions ; il paraissait absent, bien plus que d’habitude. Cela eut l’effet d’une douche froide : la colère noire qui l’animait encore quelques secondes plus tôt perdit de son intensité.

    « Tu… T’as attendu longtemps ? Qu’est-ce que t’as au visage. T’as froid ? »

    « …  »

    « T’as poireauté combien de temps, idiot ? Tu sais au moins qu’on est en dessous de zéro aujourd’hui ? »

    À voir son teint livide, il était évident qu’il l’avait attendu pendant des heures. Cet inconscient… Rester dehors par un froid pareil. Lui qui mettait des jours à s’en remettre d’un simple rhume.

    « Tu fais ta petite manifestation, c’est ça ? T’as attendu dehors par ce temps juste parce que j’ai pas répondu à tes appels ? Et puis quoi encore ? Quoi, demain tu vas dire que t’as chopé une pneumonie à cause de moi ? Comme ça tu pourras me forcer à rester à ton chevet pour que je m’occupe de toi ? Tu es prêt à tout pour que je reste à tes côtés et que je ne puisse pas aller voir ailleurs. Allez, ne te gêne pas. C’est tout ce que tu sais faire, de toute façon. »

    Un rictus amer étira les lèvres de Gangwon alors qu’il repensait à tous les coups tordus que Woo Yoonjae avait déjà employés par le passé pour saboter sa vie amoureuse. Si à l’époque, il avait fermé les yeux là-dessus, il comptait y mettre un terme pour de bon. Alors qu’il luttait contre le poids étouffant qui lui écrasait les poumons, il laissa son regard se balader jusqu’à ce qu’un détail attire soudainement son attention.

    « C’est quoi ce délire, t’as fait quoi à tes chaussures ? T’as marché dans la boue ou quoi ? Elles sont dégueulasses. »


    ・.ʚ Voilà la fin du chapitre ɞ .・

    Rejoignez-nous et soutenez la team sur

    0 Commentaire

    Laisser un commentaire

    Abonnement au courrier électronique
    Note